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Amis de toujours, Adrien et Romain réalisent enfin leur plus grand rêve : créer un groupe identitaire luttant contre le multiculturalisme. Mais leurs personnalités trop opposées risquent de bouleverser leurs projets.

NOTE D'INTENTION (écrite avant le tournage, en octobre 2019)

 

1) Le contexte

Notre époque est marquée par une évidente instabilité mondiale. Entre populismes, révoltes sociales et vagues révolutionnaires, il semble évident que les institutions sont de plus en plus remises en cause.

L'idée de traiter du thème des vagues révolutionnaires m'est venue lors de ces révoltes qui ont frappées le monde dans les années 2010 (qu'elles soient contre les États ou non). J’y ai constaté une montée des groupuscules identitaires et nationalistes, dopés par une population devenue méfiante de l’état et de la mondialisation à marche forcée.

S’en est alors suivi un long travail de recherche sur la place de ces rassemblements dans la société et sur leurs méthodes. Pendant ce temps, j’ai cherché à approfondir les liens entre ces mouvements et les révoltes. Elles sont basées sur la même idée : bouleverser un système politique pour en changer une grande partie de ses codes.

Entre 2017 et 2019, j'ai infiltré un groupe identitaire français, d'abord sur les réseaux-sociaux, puis sur leur terrain. Cette infiltration (où je me faisais passer pour un jeune identitaire) m'a permis d'imaginer l'univers de Barrière Nationale. Même si je souhaitais initialement traiter le sujet des mouvances identitaires à travers un documentaire, la fiction m'a parue être un moyen plus honnête et moins "politique" pour traiter un sujet aussi connoté et grave.

2) Le principe du film et la naissance du scénario

Initialement, le but était de raconter le quotidien d’extrémistes identitaires, mais au vu d'une certaine radicalisation de quelques mouvements politiques - comme j’ai pu entre autre l'observer avec les gilets jaunes - une question m'est rapidement venue à l'esprit.

Dans une époque où les révoltes ne sont pas vraiment écoutées par les gouvernements, la violence physique ne serait-elle pas le seul recours possible pour arriver à ses fins ?

C’est à partir de cette problématique que j’ai développé tout l'univers de ce court-métrage. L’utilisation d'un groupe nationaliste n’est qu’une façade pour parler de plusieurs sujets de société qui touchent ma sensibilité :

La haine et sa croissance exponentielle à travers les "nouveaux médias", les mouvements de masses initiés par des discours de plus en plus simplistes et l'attachement parfois insensé et maladif que certains "patriotes" portent aux cultures et aux traditions.

 

Tous ces éléments nourrissent les personnages de Barrière Nationale et questionnent qui ils sont réellement.

3) Le rapport du film à mon esthétique cinématographique

Je m’intéresse à tous ces gens assez seuls, vains dans leurs actions, qui ne défendent pas les pensées les plus populaires et jugées « sages » par le plus grand nombre. Bien évidemment, je considère que la majorité de leurs idées sont dangereuses, mais représenter ces individus dans des films a toujours été important pour moi. Je souhaite dévoiler la faiblesse de celles et ceux qui se donnent du mal à faire du mal, mais surtout, je souhaite comprendre leurs actions, sans jamais les juger avec acharnement.

Je préfère dresser un constat sur un sujet donné, mais ne jamais interférer en me proclamant maître de leur destin, et donc, de leurs défaillances. L'attachement que je créé chez le spectateur pour mes personnages est une porte d’entrée qu'il peut emprunter vers une plus large réflexion sur sa propre condition et ses idées.

 

Remettre en perspective nos idées les plus profondes : tel est selon-moi le rôle d'un bon film avec comme toile de fond la politique.

Même si la pensée extrême-droite m'intéresse autant qu'elle me répugne, je ne me considère pas comme un militant : je reste avant tout un réalisateur, qui fait parler ses personnages à travers des questions plus globales et moins politiques. Mais réfuter mes idéologies serait du mensonge : "Barrière Nationale" est (en dernier lieu) un film anti-fasciste, qui s'évertue en quelque sorte à déconstruire le système de pensée identitaire.

 

Cependant, je persiste à dire que mon ambition n'est qu'artistique. Si je voulais devenir militant politique, j'arrêterai de faire du cinéma.

Le cinéma est selon-moi le tout dernier lieu où débattre sur la politique peut mener à quelque chose.

4) Le court-métrage en lui-même et son écriture.

Ce court-métrage n’a pas été conçu comme un pamphlet contre l’extrême-droite radicale. La majorité du scénario est basé sur des histoires inspirées de faits réels. Bien que je ne préfère pas le préciser dans le film, il a été important pour moi de puiser dans mon travail de recherche et d'investigation pour en ressortir le plus flagrant et le plus cinématographique.

À un stade d’écriture avancé, Arnaud Elbert m'a rejoint afin de restructurer mes idées. Nous avons affiné le texte afin de le rendre plus crédible et moins critique sur son sujet. Cette aide m'a permis de prendre du recul et de revoir ma vision sur le projet. Nous avons supprimé beaucoup de scènes, afin d'épurer le récit et le rendre beaucoup plus lisible.

5) L'esthétique du pouvoir.

Pour ce qui est de la forme globale du film, il a entre autre été écrit afin d'illustrer les différentes dynamiques de pouvoir. C'est un thème fondamental dans les films politiques que je compte pousser le plus loin possible avec ma réalisation. Tout l'objectif du court-métrage est d'esthétiser ce qui n'est pas facilement explicable : les différents médias et leur impact dans l'inconscient.

 

Beaucoup de séquences montrent des tournages ou la façon dont est fabriquée l'image. La question du discours et de sa portée est aussi fondamentale, puisque c'est elle qui fait évoluer la relation entre Adrien et Romain.

 

Selon mon co-scénariste Arnaud Elbert et moi-même, décortiquer la communication en politique via un médium aussi manipulatoire que le cinéma permet justement de mieux comprendre la démagogie et ses fonctionnements.

6) Adrien et Romain

Adrien est comme un père pour Romain : toujours là pour lui, il couvre constamment ses arrières, avec ce ton sérieux et presque paternaliste.

C'était un thème que je souhaitais inculquer car il est un miroir à l'infiltration que j'ai vécue dans le groupe identitaire : ils me prenaient pour leur recrue, me parlaient avec un ton paternaliste comme pour m'expliquer la vie.

 

D'ailleurs, lorsqu'ils sont avec des « adultes », la joyeuse bande de Barrière Nationale sont comme des gosses, complètement fascinés par ce que le monde adulte leur réserve.

 

Ce n'était pas pour infantiliser mes personnages, mais plus pour créer de l'attachement envers eux, et rappeler ces beaux moments de notre jeunesse : lorsqu'avec un.e ami.e, nous étions tellement excités à l'idée de lancer un projet que faire marcher notre bon sens était secondaire.

 

C'est une sensation qui s'estompe avec le temps, mais qui subsiste encore un peu à tout âge. J'ai tenté de traduire cette excitation de la « création » à travers ces deux personnages bercés par le désir de réussir.

 

Adrien et Romain incarnent cette jeunesse en quête de changements, de bouleversements, à une époque où les pouvoirs en place sont intouchables.

Ils sont à la fois la honte de l'humanité, avec leur racisme à peine assumé, mais également un bel espoir, grâce à leur volonté de drastiquement changer les choses, malgré leur évidente inhumanité.

Extrait du scénario de "Barrière Nationale"

Bixente Volet - Octobre 2019